[Témoignage] Gérard SALVAN

« L’apprentissage est un investissement sur l’avenir, profitable aux deux »

Ingénieur EDF au sein d’un centre stratégique dédié à l’ingénierie nucléaire, Gérard Salvan s’est vu confier, pour la première fois, un rôle de tuteur dans le cadre d’un contrat d’apprentissage.
Prenant son rôle très à cœur, Gérard a conscience de l’enjeu que représente un tel engagement, tant pour l’avenir d’un jeune ingénieur que pour celui d’une entreprise en quête de nouvelles ressources humaines pour une activité en pleine croissance.

Vous travaillez au sein d’EDF. Quelle fonction exacte y occupez-vous ?

Je travaille à Marseille au Centre d’Ingénierie du Parc Nucléaire en ’Exploitation (CIPN), l’un des six centres en France dédiés à l’ingénierie nucléaire. Le CIPN regroupe au total 1 500 collaborateurs répartis, principalement, entre ses deux départements « Etudes » et « Projets & réalisations ». Au sein du département Etudes, je suis intégré dans un service qui s’occupe plus spécifiquement de maintenance lourde, chargé de faire des interventions sur des gros composants au cœur de la Centrale. Ce sont des opérations délicates, longues, minutées, qui durent plusieurs mois et qui, au plus fort du chantier, peuvent nécessiter l’intervention de plusieurs centaines de personnes !

Qu’est-ce qui motive cette passerelle établie entre votre service et une école d’ingénieur ?

Nos centrales ont des durées de fonctionnement d’une trentaine d’années en moyenne et nous menons depuis quelques années, dans le cadre du projet « maitrise de la durée de vie », des opérations de maintenance de grande envergure qui se poursuivront au moins sur les 10 ans à venir. Notre activité est donc en pleine croissance, nécessite le renforcement de nos moyens humains et la création de nouvelles équipes surtout dans l’ingénierie. Certains recrutements se font directement à la sortie des écoles, mais EDF a également développé sa politique de partenariat dont l’apprentissage fait partie intégrante. C’est ainsi qu’on m’a confié, en 2012, la mission de tuteur d’une jeune élève ingénieur en contrat d’apprentissage. Alexia entame chez nous sa deuxième année.

Au bout de cette première année, fait-elle déjà partie intégrante de votre équipe ?

Absolument ! Elle est parfaitement intégrée et partage la vie du service comme tout autre collaborateur. Elle participe aux réunions, est destinataire des informations internes… et je crois d’ailleurs qu’elle s’est très bien acclimatée de son côté car, lorsque nous faisons nos réunions d’évaluation trimestrielles, elle m’avoue qu’elle préfère être en entreprise qu’à l’école !

Former un apprenti, c’est aussi une façon de modeler le futur ingénieur à la philosophie de l’entreprise ?

Je pense que les 3 ans d’accompagnement sont profitables aux deux ! L’entreprise voit comment travaille l’apprenti, comment il s’intègre dans les équipes, comment il participe. L’apprenti lui, est au contact du milieu industriel et de ses réalités. Si à la clé il y a une embauche, c’est tout bénéfice pour l’entreprise et pour le jeune ingénieur. Cette personne que nous avons formée connait nos méthodes, nos équipes, il est opérationnel et productif immédiatement et son intégration n’en est que plus facilitée.

Mais l’apprentissage induit quand même des contraintes pour l’entreprise face au rythme qu’impose l’école ?

La première année étant un peu la « mise en route », j’ai beaucoup plus axé sur l’aspect pédagogique. A travers des petites missions ponctuelles qu’elle pouvait gérer durant ses créneaux de disponibilité, Alexia a appris beaucoup de choses différentes. A compter de cette deuxième année, nous ferons évoluer son degré d’autonomie et de responsabilité proportionnellement au temps de plus en plus long qu’elle passera à nos côtés.

Etre tuteur est une grande responsabilité. La pédagogie est sans doute quelque chose qui ne s’improvise pas, mais qui s’apprend ?

C’est d’ailleurs pour cela qu’EDF fait suivre, à chaque tuteur, une formation préalable d’une semaine durant laquelle on nous donne des outils et des méthodes pour gérer au mieux notre rôle à l’égard de l’apprenti : savoir mener les rendez-vous et les évaluations, concevoir et écrire un programme d’actions, vérifier le respect des objectifs... Au-delà de cette formation, être tuteur nécessite quand même une implication et un investissement personnel. En ce qui me concerne, c’est un rôle qui me plaît beaucoup ! Du reste, je gère très régulièrement des stagiaires, je fais de la formation et je donne également des cours à l’école d’ingénieur…

Quels conseils pourriez-vous donner à une entreprise qui n’ose peut-être pas se lancer dans un projet d’apprentissage ?

Il faut être assez disponible mais ne pas en attendre un retour immédiat. C’est plutôt un investissement sur l’avenir. Former quelqu’un, lui donner les bons réflexes en entreprise, un bon état d’esprit, des méthodes qu’il pourra éprouver tout au long de sa vie professionnelle... Je n’ai pas forcément de conseil à donner mais je dirais, pour ma part, que j’y trouve un véritable enrichissement. La transmission du savoir, le partage d’expérience apportent aussi au sein de l’entreprise un regard neuf. En plus, j’ai la chance d’accompagner une jeune qui a une soif de savoir et de découverte, ce qui pour un formateur est la meilleure stimulation…

Contacts

École d’Ingénieurs SeaTech - Université de Toulon
Avenue de l’Université
83130 LA GARDE
Tél. : 04 83 16 66 60