Séminaire "Science, industrie, politique au 19ème siècle."

Mardi 9 janvier à 13h30, Amphithéâtre M de SeaTech :

Science, industrie, politique au 19ème siècle.

par Mme Cynthia Colmellere
Maître de conférences en sociologie
Directrice du département Sciences Humaines et Sociales, Université Paris-Saclay, CentraleSupelec
cynthia.colmellere@gmail.com

Le métier d’ingénieur est associé à des qualités spécifiques : l’autonomie, des capacités d’analyse et de synthèse fondées sur la mesure, la formalisation et le calcul, une forme de génie qui associe abstraction et mise en pratique à travers l’usage et la conception de dispositifs techniques.
Les ingénieurs sont présents dans toutes les sphères d’activités de l’Etat et du secteur privé. Ils sont souvent désignés comme des acteurs de premier plan face aux défis liés à l’énergie, l’environnement, l’économie, la santé, les connaissances …Toutefois, à mesure que leurs sphères d’influence et d’activité ne cessent de s’étendre, les contours de la profession semblent se brouiller. A tel point que l’on peut se demander comment qualifier ce que serait l’« ingénieur moderne ».
Qu’ont en commun un ingénieur salarié d’une société de services et un ingénieur au service des grands corps de l’Etat ? Un ensemble de connaissances communes, au-delà des différences de formation ? Une polyvalence associée à une capacité de maîtrise rapide d’un domaine scientifique ou technique spécifique ?
Pour tenter de répondre à ces questions, cette intervention revisite l’histoire des Ecoles d’ingénieurs, en lien avec l’histoire des sciences et des techniques.
La plupart de ces écoles sont créées au 19ème siècle avec l’avènement de la science dite moderne et l’industrialisation. Cette période est marquée par l’institutionnalisation et la professionnalisation de la science en lien avec l’industrie et les pouvoirs politiques. La recherche se déroule dans les laboratoires d’Etat (université, CNRS) comme dans ceux des entreprises. Ainsi, le terme de science, qui renvoyait jusqu’à cette période à un savoir général, est associé à une démarche systématique, productrice d’une connaissance certaine car rationnelle et expérimentale. Cette rationalité scientifique est invoquée comme qualité essentielle des ingénieurs et comme preuve de la fiabilité des solutions qu’ils conçoivent et mettent en œuvre. Les ingénieurs acquièrent alors un rôle prépondérant dans les sphères politiques, économiques et sociales, y compris au plus haut niveau. Toutefois, l’objectivité affichée de leurs calculs résulte en partie d’une construction qui occulte les dimensions sociales, éthiques et pratiques qu’ils prennent en compte. Ce retour historique est aussi l’occasion de montrer que les dimensions humaines et sociales font partie intégrante du travail de l’ingénieur

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